Aller au contenu
Rechercher dans
  • Plus d’options…
Rechercher les résultats qui contiennent…
Rechercher les résultats dans…
Admin-amisdesamis

Les serpents venimeux, nouvelle folie des collectionneurs.

Messages recommandés

Les cas d'envenimation se multiplient. Face à cette situation, les hôpitaux sont désarmés et les prises en charge très coûteuses.


«Il y a beaucoup plus de serpents venimeux exotiques chez les particuliers que dans tous les vivariums que compte notre pays», s'inquiète Pierre Quistinic, président de l'unique banque de sérums antivenimeux qui vient de s'installer à Angers. Depuis 2004, la détention de serpents, d'araignées ou de scorpions est encadrée par la loi : toute personne qui héberge ce type d'animaux doit obtenir un certificat de capacité délivré par les services vétérinaires. Mais dans les faits, la plupart ignorent la loi. «En région parisienne, une seule personne a sa capacité, avance Alain Debove qui tient un magasin de serpents non venimeux à Paris. Mais il doit y avoir au moins une quarantaine de propriétaires.» Les araignées et les scorpions ont aussi leurs «mordus».

Les arrêtés de 2004 ont essayé d'empêcher les dérives de la mode de ce qu'on appelle les NAC, ou «nouveaux animaux de compagnie». Internet, Schengen et les élevages de serpents pour amateurs ont tout balayé. «Maintenant, on peut acheter un bébé crotale pour 15 € sur les forums. Il arrive par la poste quelques jours après», déplore Pierre Quistinic. Il y a dix ans, ce type d'animal valait cent fois plus cher. Dans les marchés de serpents exotiques aux Pays-Bas ou à Hamm, en Allemagne, n'importe qui peut acheter n'importe quelle espèce prisée des amateurs, voire inconnue des spécialistes.

Cette situation n'est pas sans conséquences. Le nombre d'envenimations ne cesse d'augmenter. «À la fin des années 1980, en Provence, il y avait une envenimation par an. Aujourd'hui, il y a un cas toutes les deux ou trois semaines», rapporte le Dr Luc de Haro, du Centre antipoison de Marseille.
Des pratiques d'apprentis sorciers

Le toxicologue souligne, dans un article à paraître dans la revue Réanimation, que les hôpitaux sont confrontés à d'énormes difficultés pour faire face. Soit l'espèce est rare ou inconnue et il n'existe pas d'anti-venins en France. Soit l'animal est issu d'une hybridation effectuée par l'amateur lui-même et, dans ce cas, il est impossible de connaître la toxicité de son venin et de faire quoi que ce soit. Ces pratiques d'apprentis sorciers ont malheureusement tendance à se développer. «On est dans l'inconnu», avertit Luc de Haro. C'est ainsi, par exemple, que des serpents réputés inoffensifs en Asie ou en Afrique, parce que de mœurs nocturnes ou craignant l'homme, peuvent se montrer agressifs en captivité et mordre quand une main leur tend une souris vivante pour les nourrir. Dans ce cas, rien n'existe contre leur venin…

La banque d'anti-venins d'Angers couvre actuellement les besoins pour une quarantaine d'espèces : les crotales des deux Amériques ainsi que les najas, les bitis et les echis africains. «C'est mieux que rien. Mais tout se complique avec les serpents plus rares», assure le Dr Luc de Haro. Pour ces espèces, en effet, il n'existe pas d'anti-venins fiables et sûrs mais des sérums mal purifiés et dangereux. «Une vraie soupe», assure le médecin.

La différence entre le prix d'achat d'un jeune serpent et le montant d'un sauvetage est considérable. Le coût total d'une intervention en cas d'envenimation se chiffre à plusieurs dizaines de milliers d'euros. Une dose d'anti-venin - le seul moyen de traiter le patient en toute sécurité - revient à 1 000 € pour la vipère et la plupart des espèces exotiques qui peuvent toutefois nécessiter l'administration de deux, voire trois doses. S'ajoutent à cela les coûts d'acheminement en urgence du produit et les journées en réanimation.

«Il est impossible d'établir un portrait-robot de l'éleveur de NAC venimeux», reconnaît le Dr Luc de Haro dans son étude. «De nombreux passionnés sont des gens sérieux. Malheureusement, l'aspect dangereux des animaux les rend attractifs pour des personnes que l'on pourrait qualifier de marginales.» Parmi elles, des adolescents en difficultés ou des adultes souffrant d'exclusion et présentant des troubles du comportement.

Grâce à la qualité des soins en France, il n'y a pas encore eu de décès consécutifs à une envenimation. Il n'en va pas de même dans les pays du Sud. Selon une étude récente, les morsures de serpents venimeux tuent chaque année dans le monde entre 20 000 et 94 000 personnes pour plus de 420 000 envenimations .


Yves Misere

Article paru dan le Figaro en 2009

Partager ce message


Lien à poster
Partager sur d’autres sites

×
×
  • Créer...

Information importante

En utilisant ce site, vous êtes d’accords avec nos Conditions d’utilisation. Nous avons placé des cookies sur votre appareil pour aider à améliorer ce site. Vous pouvez choisir d’ajuster vos paramètres de cookie, sinon nous supposerons que vous êtes d’accord pour continuer.