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Animal

A choisir entre une souris et un enfant...

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A choisir entre une souris et un enfant...
(avril 2005)

Les controverses sur l'expérimentation animale se fondent la plupart
du temps sur un débat scientifique, entre les adeptes du modèle
animal et ses opposants, qui prônent de leur côté le développement
de méthodes substitutives. La légitimité de l'expérimentation
animale ne reposerait que sur la fiabilité de ce modèle. Les
sacrifices annuels de 3 millions d'animaux en France (souris, rats,
lapins, hamsters, chiens, chats, singes, cochons, oiseaux,
poissons ...) se justifieraient alors comme un mal nécessaire pour
le bien-être de l'humanité. Si les divergences scientifiques quant à
la validité du modèle animal sont tout à fait recevables et méritent
un approfondissement, elles ne peuvent se suffire à elles-mêmes. Ce
serait comme se poser la question de la légitimité de l'esclavage en
termes de viabilité de la main d'oeuvre. La question est beaucoup
plus profonde. Elle doit d'une part considérer l'animal en tant
qu'être vivant, et non plus en tant que « modèle en débat » et
d'autre part, remonter aux causes réelles qui nous conduisent,
encore aujourd'hui, à multiplier ce genre d'expériences.
Le 7 ème amendement de la Directive 2003/15/CE demandant
l'interdiction des tests cosmétiques sur les animaux en 2012, est
actuellement en sursis suite à l'introduction par la France d'un
recours devant la Cour européenne de justice. Le gouvernement
précise qu'il n'est pas opposé à cette directive, mais qu'il
souhaite avant tout le développement de méthodes alternatives afin
de ne pas léser son industrie florissante. L'ancien ministre délégué
à l'industrie, François Loos, avait, quant à lui, jugé « idiote »
cette directive, représentant une entrave à la concurrence.
L'industrie cosmétique engrangeait alors un excédent de près de 6
milliards d'Euros ! À noter que les premières propositions pour
interdire les tests cosmétiques ont été introduites par la Directive
76/768/CEE en 1992. À ce jour, aucun véritable programme de
développement des méthodes substitutives n'a vu le jour.
Afin de répondre aux attentes des consommateurs, majoritairement
opposés à ces expériences, certaines firmes annoncent leur
engagement à ne plus tester leurs produits cosmétiques sur animaux,
et les statistiques présentent effectivement une diminution
officielle de ces tests au niveau national. Mais il ne s'agit que
d'un écran de fumée, les tests étant transférés sous la
réglementation des produits chimiques. L'innovation et la
concurrence priment sur la vie de milliers d'animaux utilisés en
toxicologie. La priorité est clairement économique.
Si on élargit l'analyse aux tests de toxicité des substances
chimiques, on découvre alors le vaste programme REACH (1) qui vise à
tester près de 100 000 produits chimiques sur quelques 15 millions
d'animaux (2). Partant du constat que de nombreuses molécules de
synthèse sont nocives pour la nature et pour la santé humaine,
l'Europe envisage de les re-tester alors même que des bases de
données existent au sein des différentes entreprises et que
certaines substances comme les POPs (Polluants Organiques
Persistants) ont déjà largement fait parler d'elles à la suite de
leur effets cancérigènes et mutagènes.
Mais remettre en cause certaines substances, c'est remettre en cause
certaines pratiques (l'incinération par exemple), certains secteurs
d'activité (PVC, peinture, parfumerie...) et donc tout un pan de
notre économie. Partager les bases de données, c'est donner à une
firme concurrente les résultats de ses propres études (qui
légitiment les Autorisations de Mise sur le Marché - AMM), mais
c'est aussi et surtout prendre le risque de dévoiler certaines
incohérences et certaines approximations. Par exemple, la non
concordance des résultats d'évaluation de la cancérogénécité de
substances chimiques par absorption chez les rongeurs (3) ou de
doses létales (DL50) selon les espèces de rongeurs (4), révèle que
ces expériences ont été réalisées dans le but d'obtenir les
résultats prédéfinis. Le processus même de l'expérience in vivo est
basé sur le résultat escompté afin d'obtenir les AMM. Le terme est
explicite, il s'agit bien d'un processus à visée commerciale et
concurrentielle. Et c'est bien dans cette optique que l'animal sera
une fois de plus sacrifié. Il servira de couverture aux industries
et à éviter tout risque de crise de ce secteur économique. Les
besoins de santé publique et de protection de la nature sont
secondaires pour ne pas dire inexistants.
Selon l'Appel de Paris, signé par de nombreux scientifiques qui
dénoncent les dangers sanitaires des pollutions chimiques, près de
80% des cancers pourrait être d'origine exogène (contre 20%
d'origine génétique). Selon une étude récente, publiée par
Greenpeace (5), de nombreux parfums célèbres, contenant des esters
de phtalates et des muscs de synthèse, pourraient causer des
perturbations endocriniennes, et ce malgré les tests de ces
molécules de synthèse sur animaux.(6)
Sur la base de ces exemples liés à l'industrie chimique, on constate
que l'animal est systématiquement un dérivatif, voire un paravent
afin de légitimer la prolifération des substances chimiques.
Pourtant, tout autant que l'animal, l'homme se trouve victime de ce
système qui consiste à maquiller les problèmes en aval afin d'éviter
d'y faire face en amont. Ce constat de dérive est tout aussi valable
dans d'autres domaines. Ainsi selon la littérature scientifique
internationale, il existerait d'importantes corrélations entre
diverses pathologies courantes (maladies cardio-vasculaires, cancers
du côlon et de la prostate, obésité, diabète...) et la consommation
de produits carnés (7).
Mais qui osera s'attaquer à la racine du problème ? Quel
gouvernement osera bloquer la prolifération des substances chimiques
et remettre en cause les industries de la cosmétique et de la
parfumerie ? Quels hommes politiques se risqueront à demander à
leurs électeurs de changer leurs habitudes alimentaires risquant
ainsi de mettre à mal l'industrie agro-alimentaire et le monde
agricole ? Personne. L'animal sera la réponse. Il souffrira pour
légitimer, pour perpétuer des pratiques dans lesquelles nous sommes
embourbés. Les cancers, les maladies cardio-vasculaires continueront
à augmenter, mais grâce à l'animal, nous aurons non seulement des
recherches, des chiffres derrière lesquels nous cacher et nous
justifier, mais aussi et surtout nous aurons préservé un système
dont nous sommes devenus nous-mêmes les esclaves.
Se poser la question de la légitimité de l'expérimentation animale,
c'est avant tout répondre à la question de notre « choix de
société » et s'interroger sur notre capacité à en sortir. Afin
d'éviter que cette réflexion soit entamée, les instances dirigeantes
nous posent en quelque sorte le problème en termes de choix à faire
entre un enfant et une souris. Les antivivisectionnistes sont alors
hypocritement présentés comme des anti-humanistes. Or, si
effectivement, nous remettions en cause notre mode alimentaire, si
nous appliquions systématiquement le principe de précaution, si nous
retirions du marché toutes les substances avérées nocives, si nous
partagions les bases de données collectées, si nous mettions tout en
OEuvre pour développer de nouvelles méthodes substitutives, et si,
enfin de compte, nous avions effectivement à choisir entre un enfant
et une souris, pour ma part, je ferais le choix de sauver l'enfant.
Je ferais le choix de sauver ma propre espèce.
Mais tant que cette remise en cause de notre propre dérive n'a pas
été faite, tant que nous ne serons pas remontés à l'origine de nos
maux, il n'y a aucune raison pour que l'animal paie le tribut de
notre incapacité à réagir. Il doit déjà subir au quotidien
l'agression de notre civilisation. Ses habitats disparaissent sous
le béton et les infrastructures routières et immobilières. Ses
populations sont décimées pour satisfaire un commerce international
de plus en plus prégnant. Il est même, tout comme les populations
humaines les plus reculées, victime de l'air pollué au chlore, de
l'eau polluée aux métaux lourds, des changements climatiques... «
L'animal », réduit à ce terme générique, alors qu'à lui seul il
représente des centaines de milliers d'espèces, et des milliards
d'individus, devrait encore s'incliner, être au service de notre
espèce. Accepter de servir un Homme qui va à sa propre perte, parce
qu'il est devenu incapable de sortir de la spirale économique dans
laquelle il s'est projeté. De l'industrie chimique à l'industrie
agro-alimentaire, tout converge vers l'économique. Les
peuples 'racines' de tous les continents subissent le même sort que
ces animaux dont on viole le territoire pour extraire les diamants
ou planter des cultures intensives de soja qui iront nourrir « notre
bétail ». Ceci illustre bien, qu'il ne s'agit pas d'une
confrontation, ou d'un choix à faire entre l'espèce humaine et les
autres espèces, mais d'un choix de priorité entre la Vie et
l'économique.
Faire ce choix de l'expérimentation animale, c'est accepter une
société biocide. C'est accepter une économie vers laquelle tout
converge et qui laisse jour après jour, des hommes, des femmes, des
enfants et des animaux mourir dans la misère ou la maladie, dès lors
qu'ils ne servent pas le système. C'est accepter l'exploitation
marchande des peuples et des espèces. C'est accepter de ne rien
faire et donc de laisser les industries chimique, pharmaceutique et
agroalimentaire produire au-delà de ce que notre planète peut
supporter. Et enfin, faire ce choix de l'expérimentation animale,
c'est prétendre que la Vie a moins de valeur que l'économique, car
l'expérimentation animale ne sert que cela.
Nous avons le choix de nous cacher derrière les convenances, de nous
rassurer en nous protégeant derrière des comités dits « éthiques »
ou de privilégier la Vie : la nôtre et la leur. Il ne s'agit pas de
remettre en cause l'économie, mais simplement de la remettre à sa
place. Ce n'est pas la vie qui doit être au service de l'économique,
mais bien l'économique au service de la vie, de toutes les vies,
humaines, animales et végétales. Choisir entre la vie d'une souris
et d'un enfant n'est qu'un leurre, une question qui nie le sujet
qu'elle est censée éclairer.

Franck Schrafstetter

(trouvé ce texte dans un site d'ornithologie...)

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